Camille Buissonnière n’en revient toujours pas !

Camille Buissonnière n’en revient toujours pas ! Cela fait neuf ans qu’elle attend d’être grande pour pouvoir enfin sortir d’ici !
Le temps ici a un rythme différent. Il se traîne démesurément et cela prend donc un temps infini de grandir ! Camille Buissonnière a eu très souvent l’impression d’être enchainée aux aiguilles de l’horloge suspendue au-dessus de la porte.
Combien de fois les a-t-elle fixées, clouée sur sa chaise ? 10 000 fois pour 10 000 heures !
Elle ressent dans sa poitrine le poids du temps qui l’a tenu entravée. Elle se sent oppressée, elle mesure tout à coup le sens de la tragédie grecque !

Elle n’en revient toujours pas ! Elle a été enfermée pendant tout ce temps, sans savoir, et elle se dit avec son consentement non éclairé ! Et la complicité de ses parents, de tout son entourage ! Personne ne lui a jamais rien dit. Mais qui savait ? Personne ? Vraiment personne ? Comment était-ce possible que tant de gens n’en sachent rien ?
Tout d’un coup, la réalité lui claque au visage ! Elle a passé tout son temps à écouter les autres, à obéir aux consignes, debout, assis, sortir, rentrer, … manger à telle heure, pisser à telle heure, courir à telle heure, … fais pas ci, fais pas ça ! […] « Viens ici, mets toi là ! » […] « C’est l’heure d’aller au lit, faut pas rater la classe, fais pas ci, fais pas ça ! »

Camille Buissonnière a la nausée. Elle ne sait pas trop pourquoi mais tout d’un coup elle pense au château de Kafka.
Elle se sent trahie. Elle entrevoit l’ironie de la situation. On a parlé ici des oppresseurs, des tyrans, des siècles éclairés, des lumières, de la Terreur, des nouveaux mondes, des progrès, de l’Inquisition, des sciences,… elle est stupéfaite de n’avoir pas été mieux inspirée. Elle a refait le monde, bien des fois, mais elle réalise que tout est resté comme dans les livres, figé, enfermé comme elle, entre les murs. Lettres mortes.

Camille Buissonnière est bien docile, elle le sait. Elle est plutôt peureuse alors elle obéit. Elle a aussi envie de faire plaisir aux autres. Elle, elle existe si peu. Elle cherche à être comme tout le monde. Normale, quoi ! Alors ses velléités d’indépendance, ses sursauts de révolte, … n’ont pas fait le poids. Elle est enfermée depuis si longtemps, tenue immobile depuis si longtemps, qu’elle a perdu le sens de qui elle est. Elle fait ce qu’on lui dit. Elle ne pense pas, elle obéit.

Mais depuis ce matin, quelque chose a changé.
Camille Buissonnière a fait une découverte incroyable.
L’école n’est pas obligatoire ! Elle n »est pas obligée d’y aller !
Elle entrevoit alors une réalité qui lui donne le tournis.
Libre d’aller et venir !
Libre d’écouter, de rencontrer, de parler avec qui elle veut !
Libre de lire ce qu’elle veut, d’écrire ce qui lui passe par la tête !
Libre d’apprendre comme elle veut, quand elle veut, avec qui elle veut, où elle veut !
Libre de ne rien faire ! De se taire ! De rêver ! De créer !

Camille Buissonnière reste plantée là, un sourire béat sur les lèvres, les yeux dans le vague, comme happée déjà par-delà les murs. Et puis elle commence un peu à dégriser.
Ah oui ! Il ne lui reste plus qu’à convaincre ses parents !

Article 13 de la Convention internationale des droits de l’enfant
1 l L’enfant a droit à la liberté d’expression.

A suivre…

Camille Buissonnière se fait bien du souci.

Camille Buissonnière se fait bien du souci. Il est convoqué avec sa fille dans les locaux de l’inspection académique. Depuis quelques jours, il sent comme des picotements au creux de l’estomac qui lui rappellent de mauvais et lointains souvenirs. Il s’est senti de nouveau nul et misérable comme quand il était petit. Et il s’en veut à près de 40 ans de ressentir encore cela !

Pourtant il a de l’expérience. Il est à l’aise dans ce choix. Sa fille ne va plus à l’école depuis 10 ans. Il a pris de l’assurance depuis toutes ces années mais il constate avec dépit que ces zones d’ombre sont encore bien résistantes. Il se dit qu’avec son mètre quatre-vingt quinze, il devrait plutôt être impressionnant qu’impressionné. Et que désormais il a passé plus de temps à être très grand que trop petit et que ce sentiment de malaise aurait dû proportionnellement également diminuer.

Mais non Camille Buissonnière se sent bien toujours nul et misérable !

Là devant cette toute bête enveloppe, l’en-tête a pris des proportions démesurées en écho avec la peur qui l’a étreint. Ils sont convoqués toujours avec cette délicate « préremptorité » qui exclut toute discussion quant au choix du jour, de la date et du lieu. Quant aux modalités, comment dire, il sait qu’il devra encore se répéter et il se dit que le par coeur ne tient décidément pas ses promesses.

L’année dernière a été encore un moment de haute lutte. Il se souvient de la mise en scène. A l’heure, ils n’en ont pas moins attendu une très large demie-heure. Il s’est même levé pour invoquer son emploi du temps professionnel et familial. Puis quand il a voulu entrer dans la pièce, on lui a intimé d’attendre encore sur le pas de la porte. Puis d’un geste, cette fois-ci tout en silence, ils ont eu le droit d’entrer. Elles étaient deux, the good cop et the bad cop. En tout cas, l’autoritaire et la « secrétaire » devant son écran d’ordinatueur qui s’est bien révélée redoutable assassine.

– « Monsieur mettez-vous de ce côté-ci et votre fille ici. » a intimé the bad cop. Le ton était posé.

Camille Buissonnière ne s’est pas laissé intimider et il s’est installé tout à côté de sa fille. Certes il s’est mis un peu en retrait mais il ne faut quand même pas pousser !

Et l’interrogatoire a commencé.

Camille Buissonnière n’a rien laissé passé. Pas de tests, ni écrits, ni oraux.

Il est sorti de l’interrogatoire amer et moulu. Comment a-t-il pu espérer une fois de plus qu’un contrôle pouvait être respectueux ! La nature même du vocable renvoie à une inconciliable évidence. Pour l’intérêt de sa fille ? Foutaises ! C’est lui qui est visé. Son outrecuidance ! Ne pas confier sa fille à l’école de la République ! Si l’une et l’autre avaient le droit de s’exprimer !

Pas plus que lui d’ailleurs. Il se dit qu’il aurait dû écouter ce conseil maintes fois entendu : « Fais ce qu’ils attendent de toi et tu seras tranquille pour un an ! ».

Mais Camille Buissonnière, s’il se sent nul et misérable, n’en demeure pas moins un homme tout en colère. Un homme qui, s’il peut mesurer parfois encore 1m20 de mémoire, sent monter en lui un sentiment d’injustice, d’iniquité tel que le courage le frôle et qu’il lui vient à l’esprit que désormais il n’aura plus rien à déclarer !

QUESTIONNAIRE 2014 : Faut-il être riche pour faire l’IEF ?

L’instruction en famille fait souvent l’objet de critiques dont celle de la prétendue « richesse » des familles qui font ce choix.

Pour en avoir le coeur net, nous vous proposons de répondre aux questions qui suivent.

Soyez libres d’apporter toutes les précisions que vous estimerez nécessaires.

Nous vous remercions de votre participation.

QUESTIONNAIRE-IEF-2014
A envoyer à l’adresse suivante : questionnaire2014@collectief.fr

Pour le remplir en ligne

Camille Buissonnière ouvrit avec anxiété le mail recommandé

Camille Buissonnière ouvrit avec anxiété le mail recommandé avec accusé de réception du Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt. Elle avait peu d’espoir, car cela s’était mal passé ce matin avec l’inspecteur qui était venu pour le deuxième contrôle annuel de son potager. L’inspecteur ne comprenait pas qu’elle persiste dans son refus d’utiliser les produits Monsangteau, il l’avait même accusée de mettre en danger la santé de sa fille.

Elle lut à haute voix : « Injonction de consommer les fruits et légumes de la grande distribution ». Cela équivalait à une obligation de consommer des fruits et légumes traités chimiquement, les produits bio ayant disparu des étalages il y a plus de 3 ans, peu après la disparition des petits commerces. La raison invoquée de l’injonction était le mildiou dont elle n’avait pas réussi à se débarrasser. Pourtant il n’existait aucun produit Monsangteau contre le mildiou. Mais ce qu’elle trouvait le plus injuste, c’est que son voisin maraîcher, qui n’avait pas réussi non plus à se débarrasser du mildiou, pouvait continuer à vendre ses légumes.

Elle essaya de positiver en se disant que sa fille avait au moins pu bénéficier de produits sains jusqu’à aujourd’hui et que c’était toujours ça de gagné. Elle savait également que les deux mois et demi d’allaitement étaient un atout pour la santé de sa fille. Elle aurait bien continué l’allaitement, mais durant le troisième mois elle avait reçu une injonction du Ministère de la Santé de nourrir sa fille au lait infantile. Le poids de sa fille avait dépassé la courbe de croissance officielle et avec les problèmes d’obésité qui avaient explosé ces dernières années cela signifiait l’obligation d’arrêter l’allaitement.

Elle entendit que sa fille était en train de se réveiller… vite oublier tout cela pour profiter pleinement de ces derniers jours avant que sa fille rentre à l’école. Cela lui faisait bizarre d’être obligée de mettre sa fille à l’école, elle qui avait été instruite en famille durant sa jeunesse. Si l’IEF était toujours officiellement autorisée en France, plus personne ne la pratiquait car il était devenu impossible de satisfaire aux exigences des inspecteurs du Ministère de l’Éducation Nationale.

En se dirigeant vers la chambre, elle se dit qu’il fallait vraiment qu’elle arrête de penser à tout cela, elle n’allait quand même pas se plaindre d’être obligée d’envoyer sa fille à l’école à trois ans : en Allemagne l’école était obligatoire dès l’âge de deux ans !

Copyleft Le Collect’IEF 2014

IEF : Un droit inaliénable – Lettre au président de la République

Nous avons choisi l’instruction en famille pour nos enfants.
C’est le moment des déclarations annuelles auprès de la mairie et de l’inspection académique.
Depuis 2001, nous n’y dérogeons pas conformément à l’article L.131-5 du Code de l’éducation.
Depuis 2001 nous sommes soumis à des enquêtes de la mairie et des contrôles organisés par les services de l’Éducation nationale.
Et depuis 2001, ces contrôles nous font mesurer à quel point notre « liberté » en matière de choix d’instruction est conditionnelle et discriminée.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme affirme pourtant le droit des parents « de choisir en priorité le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (Article 26-3). Cette éducation « doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. » (Article 26-2).
De même que la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales garantit aux parents que l’état respectera leur droit « d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. » (Article 2 – Protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales – Paris, 20.III.1952).

Cette liberté fondamentale est cependant conditionnelle car elle est subordonnée à une obligation de déclaration annuelle et à une obligation de contrôles. Ce qui revient finalement à en demander l’autorisation puisqu’elle est remise en cause chaque année par les personnes chargées des contrôles qui estiment selon leurs propres critères et sans tenir compte le plus souvent de nos choix pédagogiques si nous pouvons continuer à exercer ce « droit » à instruire nos enfants en famille.

Cette liberté est également discriminée puisque les parents sont soumis à une obligation de résultats, contrairement aux écoles, qu’elles soient publiques, sous contrat ou hors contrat. Si l’école échoue à instruire un enfant, elle n’est passible d’aucune sanction. En revanche si les services de l’Éducation nationale considèrent que nos enfants ne sont pas instruits, et très souvent sur la base de leurs seuls critères – en France, la liberté de l’enseignement est pourtant un principe constitutionnel (Conseil constitutionnel, décision n°77-87 du 23 novembre 1977, Liberté d’enseignement et de conscience, GDDC, n°25) qui « signifie la possibilité d’un enseignement substantiellement différent de celui dispensé par l’Etat, dans son inspiration, son contenu et ses méthodes » (P. Wachsmann, Libertés publiques, Dalloz, 5ème éd. 2005, p.601) – , nous sommes mis en demeure de les scolariser dans des établissements scolaires. Si nous considérons que ces mesures sont infondées et que nous nous y opposons, nous sommes passibles de sanctions pénales à savoir « de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. » (Art. 227-17-1 du Code pénal).

Depuis 2001, nous « subissons » donc ces contrôles.

D’une part, parce que les personnes chargées des contrôles ne respectent pas le plus souvent nos droits, en dépit de nos nombreux courriers et de prises de rendez-vous pour les faire valoir. Les contrôles ont ainsi été le lieu de « confrontations » durant lesquelles les enfants doivent s’exprimer alors que la Convention internationale des Droits de l’enfant reconnaît comme liberté fondamentale aux enfants la liberté d’opinion et la liberté d’expression.
D’autre part, parce que nous considérons comme l’écrit John Holt (éducateur et écrivain américain, défenseur du droit des enfants) que nos enfants n’ont pas besoin d’être contrôlés : « L’animal humain est un animal apprenant. Nous aimons apprendre. Nous en avons besoin. Nous sommes faits pour. Nous n’avons pas besoin que l’on nous montre comment ou que l’on nous y force. Le processus d’apprentissage est au contraire tué dans l’œuf par les personnes qui interfèrent avec ou qui essaient de le réguler ou de le contrôler. ».

Nous avons réalisé que nous avons abandonné notre conscience aux législateurs de 1998 (loi n° 98- 1165 du 18 décembre 1998 tendant à renforcer le contrôle de l’obligation scolaire) et que nous nous sommes soumis à une loi qui n’apporte rien ni à nos enfants ni à nous-même. Nous en faisons l’expérience depuis 13 ans.
Enfin cette loi nous semble d’autant plus inique, qu’elle a accordé la priorité à la fréquentation des établissements scolaires, alors que l’école souffre, peut faire souffrir, et que l’enfant peut s’y ennuyer : […] L’enfant est naturellement d’une curiosité inouïe. La structuration de ses réseaux neuronaux fait de lui un « athlète synaptique », comparé à l’adulte. Son enthousiasme pour la nouveauté est considérable et ses capacités d’apprentissage impressionnantes. Or, que lui proposons-nous pour épanouir cette potentialité formidable ? De se forcer à s’intéresser à des matières éloignées de sa vie, qui le motivent de moins en moins et qu’il voit infiniment mieux traitées ailleurs. A partir de 12 ans, cela devient dramatique. La transmission est censée se dérouler lors de séances appelées « cours » qui durent un peu moins d’une heure (durée décidée par les moines du Moyen Age) et auxquelles il doit assister sans bouger. Double absurdité : on sait aujourd’hui que la capacité d’attention d’un enfant (et de beaucoup d’adultes) chute au bout de 20 à 30 minutes ; d’autre part, l’immobilité physique du jeune humain est nocive à son fonctionnement cortical si elle dépasse un quart d’heure. Bouger est pour lui vital, la psycho-neuro-immuno- endocrinologie l’explique bien. » (Richard David Precht, philosophe allemand).

Notre priorité est d’assumer auprès de nos enfants (comme nous le faisons depuis la naissance de notre premier enfant) ce à quoi nous nous sommes engagés en les menant au monde et non de lutter pour un droit qui est inaliénable et qui ne doit donc pas être remis en question chaque année.

Aujourd’hui nous décidons de nous réapproprier notre conscience, et en conscience, nous déclarons que les contrôles sont contraires à nos libertés les plus fondamentales que sont la liberté de conscience, la liberté de l’enseignement, et la liberté de choix de l’instruction.

Nous vous demandons donc de reconsidérer la loi et de garantir aux personnes que nous sommes la liberté de conscience dont disposent naturellement les êtres humains.

 

POURQUOI MES ENFANTS N’IRONT PAS À L’ÉCOLE – POURQUOI MES ENFANTS N’IRONT PAS ME VOIR EN PRISON

La proposition de loi déposée le 18 décembre 2013 à la Présidence du Sénat par des parlementaires issus du parti de l’UMP a agité, on s’en souvient, les esprits de nombreuses familles, qui entendent sonner le glas de l’instruction en famille.

Il faut raison garder.

D’ailleurs, calmement, j’annonce : mes enfants n’iront pas à l’école – mes enfants ne veulent d’ailleurs pas aller à l’école.

Et je ne les y oblige pas.

D’ailleurs, ça m’arrange. Je ne veux pas avoir à soutenir le système éducatif de l’éducation nationale que je me sentirais contraint d’assumer individuellement pour mieux les accompagner dans cette démarche. N’est-ce pas à ce rôle que les parents sont acculés ? Parents d’élèves, crûment, et non pas parents tout court –parents de nos enfants. La nuance mérite d’être relevée.

Je les soutiens. Et les soutiendrai, s’il le faut.

Mes enfants n’iront pas à l’école.

Le texte de cette proposition s’inscrit dans la lignée d’autres propositions et projets, abandonnés, rejetés ou en cours, qui gagent d’aspirer la liberté des enfants (et celle des parents) et s’ajoute aux modifications que subit depuis plusieurs années la législation en vigueur qui s’applique au cadre de l’instruction enfamille. Car le cadre est bien là. Il décharge les parents et les enfants concernés, de manière alternative à la décharge proposée par le système éducatif scolaire, de toute autonomie, de toute liberté, de toute égalité. Liberté de choisir, égalité devant le choix, autonomie dans la réalisation. On nous décharge du pouvoir de décider. Les enfants sont déchargés de leur libre arbitre pour agir selon leurs aspirations et leur motivation.

Mes enfants ont vu l’école – ils n’ont pas compris.

Mes enfants n’iront plus à l’école.

Raison garder ?

Mais comment ne pas sourire devant l’apparente ignorance affleurant l’exposé des motifs de cette proposition ?

Comment ne pas cautionner l’élan de motivation né de cette annonce ?

Comment ne pas croire en une provocation à peine dissimulée d’interdire, purement et simplement, l’instruction en famille, afin de « mieux » – car, oui, il est bien question de hiérarchiser des statuts – socialiser les enfants « de la République », comme aime à le répéter le monde politique, relayé par les médias.

Relisons donc, sans forcer le trait, l’exposé des motifs.

« L’un des buts de la scolarisation de l’enfant est sa socialisation. Celle-ci nécessite une éducation qui ait une dimension collective, qui lui permette de découvrir la diversité des conditions et des cultures des enfants de son âge et de rendre son développement plus harmonieux. »

Première nouvelle ! Fi des inégalités patentes, miroir du cadre géographique et social dans lequel grandissent les enfants, fi des déficiences de la mobilité sociale, fi des effets pervers de la carte scolaire, … fi de la richesse apportée par la diversité des âges qui se rencontrent dans la vraie vie, celle à l’extérieur de l’école.

Enfin : fi des compétences autonomes des enfants, et de celles des personnes qui les accompagnent, notamment de la famille, de leur libre capacité de vivre pleinement cette socialisation.

Mes enfants ne vont plus à l’école. Quelques jours à peine ont suffi à les dégoûter d’un cadre où obéissance, concurrence et mérite planent entre les rangs immobiles et silencieux d’élèves qui, uniformisés sans l’habit, se regardent en coin au service du plateau qu’on leur offre avec les connaissances et les compétences qu’on veut leur inculquer, tels des machines vierges avant programmation.

Que signifie « socialisation », sinon le processus d’adaptation à la vie engroupe, en société ?

Heureusement que les familles ayant fait le choix d’instruire leurs enfants à domicile ont déjà su contourner les interdictions définies par la loi de se regrouper de temps à autre afin de vivre collectivement cette aventure, sinon elles risqueraient devoir là une marque douteuse de l’humour parlementaire cumulant les contradictions.

Heureusement que bien des familles crient et revendiquent le fait d’instruire leurs enfants en société – mais pas de confier cette tâche à l’institution scolaire.

EN société. LA société est un leurre.

L’école n’est qu’une institution sociale. Parmi d’autres.

L’école n’est qu’un contenant méthodique. Le jargon appelle alors cela pédagogie.

Heureusement que bien des familles sont convaincues que l’harmonie du développement qu’elles offrent à leurs enfants est au moins égale à celle à laquelle croient aveuglément les législateurs encore majoritaires.

Pas de hiérarchie possible.

En 1985, l’écrivain autrichien Thomas Bernhard écrivait, dans son roman Maîtres anciens, pour lequel il reçut le prix Médicisétranger : « L’école est l’école de l’État, où l’on fait des jeunes gens les créatures de l’État, c’est-à-dire rien d’autre que des suppôts de l’État. Quand j’entrais dans l’école, j’entrais dans l’État, et comme l’État détruit les êtres, j’entrais dans l’établissement de destruction des êtres. […] L’État m’a fait entrer en lui de force, comme d’ailleurs tous les autres, et m’a rendu docile à lui, l’État, et a fait de moi un homme étatisé, un homme réglementé et enregistré et dressé et diplômé, et perverti et déprimé, comme tous les autres. Quand nous voyons des hommes, nous ne voyons que des hommes étatisés, des serviteurs de l’État, qui, durant toute leur vie, servent l’État et, dès lors, durant toute leur vie servent la contre-nature. »

Disons-leclairement : revendiquer et pratiquer le droit à l’instruction en famille peut également s’afficher comme un simple exercice d’une liberté, qui disparaîtrait avec des textes législatifs similaires à cette proposition deloi.

Il n’y aurait ainsi presque plus aucun domaine familial (donc parental et infantile) dans lequel l’État ne peut interférer.

Il est d’ailleurs déjà considérablement limité, dès lors que les représentants du Ministère ont le pouvoir de juges dans des situations dont le cadre leur échappe –heureusement – encore. Heureusement que bien des familles ont le goût du risque en ne déclarant pas ce statut. L’instruction en famille devient un délit – la libre instruction, l’autonomie, des actes criminels ?

Mes enfants n’iront pas à l’école.

L’exposé des motifs dissimule à peine sa volonté d’abolir cette liberté du libre choix de l’enseignement : « [l’éducationà domicile par la famille] ne peut être le prétexte d’une désocialisation volontaire, destinée à soumettre l’enfant, particulièrement vulnérable, à un conditionnement psychique, idéologique ou religieux. »

Ces parlementaires se font du souci pour ces enfants dont les familles vivent dans des conditions psychiques, idéologiques ou religieuses (philosophiques) qui seraientcontraires aux projets de société véhiculés dans les institutions scolaires ?

Tiens ! Mais… et alors : la « diversité des conditions et des cultures des enfants » ? Elle s’accroche au porte-manteaux, à l’école ? Elle entre, mais ne se diffuse pas, donc, puisque l’important, semble-t-il, est de la côtoyer collectivement.

Serait-ce à dire que les enfants scolarisés « pour de vrai » ne sont, psychiquement, idéologiquement, religieusement, pas conditionnés ni dans leur familler espective, ni par l’école elle-même ? Même pas dans les établissements publics ? Même pas dans les établissement privés sous contrat ? Même pas un peu ?

Pourtant, le savoir, dès lors qu’il est transmis, est forcément orienté. Il y a toujours une perspective qui est choisie, même si elle est multidimensionnelle.

Ici encore, pasde hiérarchie possible.

Le précédent ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon donne à ce sujet un point de vue qui provoque quelques sursauts. Dans son ouvrage La Révolution française n’est pas terminée, paru en 2008, il écrivait : « l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi. »

Mes enfants n’iront pas à cette Église de l’État.

C’est donc bien au nom d’un vaste programme de laïcité que les parlementaires, issus de toutes les formations politiques, ou presque, formulent, à intervalles réguliers, des attaques contre l’instruction en famille.

C’est  qu’est établie la hiérarchie entre l’école institutionnalisée, celle de la société, et l’école à la maison, en société.

Il n’est pas étonnant que, au-delà de telles orientations idéologiques sous couvert d’une identité républicaine, des voix s’élèvent contre le processus laïcisant qui aboutirait, dans le quotidien de ces enfants scolarisés et, par répercussion, dans les familles, à dénier l’existence de croyances idéologiques, religieusesou philosophiques divergentes. Ce qui, de fait, semble avoir motivé un certain nombre de parents à instruire leurs enfants par eux-mêmes. Quand c’était encore possible.

Voilà pourquoi : quoiqu’il advienne, mes enfants n’iront pas à l’école.

Voilà pourquoi : même si je suis passible d’une peine de prison –

Voilà pourquoi : mes enfants n’iront pas me voir en prison, s’ils ne le veulent pas, de même que mes enfants n’iront pas non plus à l’école, s’ils ne le veulent pas.

Voilà pourquoi : je me battrai, avec eux et d’autres, contre le pouvoir de légiférer en niant les réalités, en les ignorant, et surtout : en abolissant des libertés. En profitant du temps qu’il leur reste de la liberté de se réunir et du désir d’apprendre ensemble.

De telles évolutions législatives, multipliant les préjugés, les méjugés, les formes de contrôle, les restrictions, clament haut et fort les exploits intégratifs et salvateurs dont tous les enfants sont déclarés les heureux bénéficiaires. Mais en cela, ces projets détournent considérablement ce que le chevalier de Jaucourt, auteur prolixe d’articles de l’Encyclopédie publiée sous la direction de Diderot et de D’Alembert, écrivait en 1765 à propos de la sociabilité : « La sociabilité est cette disposition qui nous porte à faire aux hommes tout le bien qui peut dépendre de nous, à concilier notre bonheur avec celui des autres, et à subordonner toujours notre avantage particulier, à l’avantage commun et général. »

Quand les parlementaires nous reprocheront d’être désocialisés, devrai-je leur reprocher trop de sociabilité ?

Nous, mes enfants, moi et les autres, nous le crions sur tous les toits : votre bonheur institutionnalisé, votre pacte de socialisation et vos kits de compétences et de connaissances, nous n’en voulons pas. Non, merci.

Veuillez recevoir notre aimable sociabilité naturelle et spontanée, et veillez à rétablir les libres conditions des apprentissages de la vie en société.

MESENFANTS N’IRONT PAS À L’ÉCOLE !!