Camille Buissonnière est agacée

Camille Buissonnière est agacée. Elle vient de se voir refuser le CNED réglementé pour sa fille par le Directeur Académique des Services de l’Education Nationale, courrier assorti d’une recommandation « pour la réussite et la socialisation de votre enfant, il est de son intérêt de suivre une scolarité normale au sein de votre établissement de secteur. »

« Mais, Monsieur le Directeur Académique des Services de l’Education Nationale, pourquoi estimez-vous que son intérêt est là ? Qui êtes-vous pour choisir à sa place ce qui est bon pour elle quand vous n’avez jamais fait l’effort de comprendre ce qu’étaient les apprentissages autonomes ni même de vous intéresser aux diverses activités de ma fille ? Je vois vos agents se succéder, mais vous ?! Et puis c’est quoi une scolarité normale? »

Camille s’indigne. Les ministres de l’Education Nationale s’enchainent et reconnaissent un à un que l’école va mal, qu’il faut la refondre, en modifier les bases. Les rapports PISA ne placent pas l’école française parmi les meilleures. La tâche est grande, les réticences tout autant. Alors, en attendant cette école idéale, une école qui respecte les individus et non une école qui formate, Camille et son compagnon ont choisi d’instruire en famille, version unschooling. Un choix qui s’inscrivait parmi d’autres choix qu’ils ont fait pour leurs enfants. Des choix qui leur appartiennent, des choix d’amour. Des choix pas toujours faciles à vivre tant on leur rappelle sans cesse qu’ils sortent des « normes » établies.

Oui, Camille s’indigne. Elle n’a pas choisi un chemin tracé et elle voit ses libertés diminuer au fur et à mesure qu’elle avance.

Cela fait des années qu’elle joue le jeu des contrôles, véritables intrusions dans sa vie et celles de ses enfants. Cela fait des années qu’elle s’efforce de mettre dans les bonnes cases les apprentissages de ses gosses pour que ces messieurs-dames de l’Education Nationale mesurent leurs compétences respectives, cela fait des années qu’elle explique ses choix éducatifs et philosophiques, qu’elle demande à être entendue et respectée dans ces choix, qu’elle demande à ce qu’on lui fasse confiance… L’aînée de la fratrie témoigne aujourd’hui d’une certaine « réussite » (selon la norme établie là encore) : autonomie, responsabilité, intégration réussie dans le système scolaire, parce que cela répond aujourd’hui àses objectifs.

Malgré cela on lui recommande encore d’inscrire son enfant dans unétablissement pour une « scolarité normale » quand le CNED lui permettrait effectivement une intégration en douceur. Malgré cela elle n’a encore rencontré aucun inspecteur de l’Education nationale au fait des apprentissages autonomes. Un est allé jusqu’à lui affirmer, sans se démonter, que oui, il avait lu tel et tel auteur. Seulement si cela avait été le cas, son rapport post contrôle aurait été différent, et surtout, il aurait été en capacité de faire un contrôle adapté aux choix de Camille et de sa famille et d’agrémenter son discours de quelques commentaires adaptés. Cela n’est jamais arrivé, son mépris pour tout ce qui n’était pas scolaire était flagrant. Ses successeurs semblent faire des efforts et s’intéressent, mais là encore ils ramènent tout au système qu’ils connaissent quand ils rédigent leurs rapports, et puis n’oublions pas qui les paie chaque mois ! Camille n’est pas dupe, elle ne fait que gagner du temps.

A la faveur de l’indignation des parents contre la proposition de loi qui visait à réduire l’IEF aux seuls cas d’incapacité (décembre 2013) est passée en douce une loi qui limitait l’accès au CNED réglementé. Fini l’accès pour « complaisance ». (Juste le terme est dédaigneux !) Pourtant, hormis le collège, seul le CNED réglementé peut fournir un dossier scolaire aux jeunes qui souhaitent rejoindre le cursus classique et postuler pour des classes qui demandent des dossiers scolaires. Cette option n’est plus. Une autre porte est verrouillée.

Bien sûr l’IEF est autorisée en France, mais à mesure que les gens s’émancipent les gouvernements successifs limitent les libertés sous couvert de sécurité, et notamment celle des IEF.

Que craignent donc ces gouvernements ? Camille vise le bien-être de ses enfants, elle n’est engagée dans aucun mouvement politique, ni même religieux.

Camille voit ses possibilités et celles de ses enfants se réduire. Camille est inquiète et se demande à quel moment elle va prendre le maquis.