Camille Buissonnière ouvrit avec anxiété le mail recommandé

Camille Buissonnière ouvrit avec anxiété le mail recommandé avec accusé de réception du Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt. Elle avait peu d’espoir, car cela s’était mal passé ce matin avec l’inspecteur qui était venu pour le deuxième contrôle annuel de son potager. L’inspecteur ne comprenait pas qu’elle persiste dans son refus d’utiliser les produits Monsangteau, il l’avait même accusée de mettre en danger la santé de sa fille.

Elle lut à haute voix : « Injonction de consommer les fruits et légumes de la grande distribution ». Cela équivalait à une obligation de consommer des fruits et légumes traités chimiquement, les produits bio ayant disparu des étalages il y a plus de 3 ans, peu après la disparition des petits commerces. La raison invoquée de l’injonction était le mildiou dont elle n’avait pas réussi à se débarrasser. Pourtant il n’existait aucun produit Monsangteau contre le mildiou. Mais ce qu’elle trouvait le plus injuste, c’est que son voisin maraîcher, qui n’avait pas réussi non plus à se débarrasser du mildiou, pouvait continuer à vendre ses légumes.

Elle essaya de positiver en se disant que sa fille avait au moins pu bénéficier de produits sains jusqu’à aujourd’hui et que c’était toujours ça de gagné. Elle savait également que les deux mois et demi d’allaitement étaient un atout pour la santé de sa fille. Elle aurait bien continué l’allaitement, mais durant le troisième mois elle avait reçu une injonction du Ministère de la Santé de nourrir sa fille au lait infantile. Le poids de sa fille avait dépassé la courbe de croissance officielle et avec les problèmes d’obésité qui avaient explosé ces dernières années cela signifiait l’obligation d’arrêter l’allaitement.

Elle entendit que sa fille était en train de se réveiller… vite oublier tout cela pour profiter pleinement de ces derniers jours avant que sa fille rentre à l’école. Cela lui faisait bizarre d’être obligée de mettre sa fille à l’école, elle qui avait été instruite en famille durant sa jeunesse. Si l’IEF était toujours officiellement autorisée en France, plus personne ne la pratiquait car il était devenu impossible de satisfaire aux exigences des inspecteurs du Ministère de l’Éducation Nationale.

En se dirigeant vers la chambre, elle se dit qu’il fallait vraiment qu’elle arrête de penser à tout cela, elle n’allait quand même pas se plaindre d’être obligée d’envoyer sa fille à l’école à trois ans : en Allemagne l’école était obligatoire dès l’âge de deux ans !

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