Clara Bellar, réalisatrice du film ETRE ET DEVENIR.

Dans de nombreux pays, l’école est la norme en matière d’éducation. Pourtant des parents choisissent pour leurs enfants une instruction hors école de manière à pouvoir les accompagner dans leurs apprentissages en les laissant libres d’aller là où leur curiositéet leurs intérêts les portent.

D’une volonté personnelle de comprendre le choix de ces parents est né le projet de réaliser un film sur les apprentissages autonomes : ETRE ET DEVENIR.

Le Collect’IEF est allé à la rencontre de la réalisatrice, Clara Bellar, de retour du Brésil.

-Le C’IEF : Votre film est sorti en salles en France en mai dernier. Aujourd’hui vous êtes dans l’avion, de retour du Brésil où l’instruction en famille est interdite. Ce voyage dans le pays de votre mari a été financé par des familles brésiliennes. Qu’attendent-elles de votre film ?

Clara Bellar : Que l’information circule ! Que les esprits s’ouvrent. Que la liberté de choix existe.

Ces familles ont pensé que ma présence serait importante lors desséances au festival du film de Rio, afin d’engager un dialogue avec le public et la presse sur le thème de la liberté d’instruction (pour ceux qui parlent portugais, vous pourrez voir sur le site Etre Et Devenir.com trois articles parus cette semaine dans la presse brésilienne. Ces articles sont très ouverts et positifs). Me faire venir leur a également permis d’organiser d’autres projections, aux universités de Sao Paulo et de Rio, devant une assemblée de psychothérapeutes, et pour toutes sortes de publics.

Le C’IEF : Que représente l’école au Brésil ?

Clara Bellar : Une chance d’être sauvé de sa famille, del’ignorance, de la rue. L’égalité de chances pour tous. L’émancipation de la femme qui peut travailler.

-Le C’IEF : Pourquoi certaines familles y choisissent l’instructionhors école ?

Clara Bellar : Sur les 2,000 familles qui instruisent hors école au Brésil, la moitié environ a choisi le Unschooling. D’après ce que j’ai compris, c’est, comme ailleurs, au détour de leurs lectures ou de leurs conversations, ou simplement du fait d’une grande écoute des besoins de leurs enfants, que ces familles ont rencontré ces possibilités à priori incompatibles avec la loi Brésilienne.

-Le C’IEF : Elles sont dans l’illégalité puisque l’IEF y est interdite. Comment le vivent-elles au quotidien ? Que se passe-t-il pour les familles  dans le cas où l’administration découvre que les enfants ne vont pas à l’école ?

ClaraBellar : Contrairement à la France, au Brésil les familles n’ont pas à déclarer où que ce soit leur choix d’IEF. Alors souvent, personne ne le connait, jusqu’à ce qu’il y ait une dénonciation, qui peut être d’un voisin comme d’un grand-parent. Alors il faut aller en justice, payer un avocat, et prouver que l’enfant ne souffre pas “d’abandon intellectuel”. Parfois les procès contre les familles sont archivés (sans que les familles ne gagnent ni ne perdent), faute d’arguments contre ce qui est démontré. Une famille que j’ai rencontrée à SP vient de créer un précédent, elle a pour la première fois gagné le procès en prouvant l’absence d’abandon intellectuel.

-Le C’IEF : Comment a réagi le public après la projection de votre film ?

Les réactions du public brésilien étaient-elles les mêmes que dans les autres pays européens dans lesquels le film a été projeté ?

Clara Bellar : Avec beaucoup d’émotion et une grande envie de rester ensemble et de partager à la suite. En ce sens, c’est comme à Paris au St André des Arts, où la directrice nous a dit que c’était la première fois qu’après un film et un débat-échange d’une heure, les spectateurs continuent de parler dans la rue, devant la caisse, parfois pendant des heures. Je pense que ce thème remue beaucoup de choses en nous, puisqu’il ne s’adresse pas qu’à nos enfants mais aussi aux enfants que nous étions. En cela, certaines réactions sont universelles. Mais je suis aussi étonnées e voir à quel point les échanges peuvent aller dans des directions différentes chaque soir. Je suis restée au Brésil 7 jours et 6nuits, et j’ai participé à 6 ciné-rencontres. Je n’ai pas eul’impression de tellement me répéter, à tel point les questions varient.

-Le C’IEF : Votre quête personnelle a pris une amplitude qui dépasse le cadre strictement personnel pour toucher une sphère plus « politique ». La projection d’un film comme ETRE ET DEVENIR dans un pays où l’IEF est illégale a une portée qui s’étend au-delà du simple témoignage. Comment ressentez-vous cette « responsabilité » ? Vous attendiez-vous à cela ?

Clara Bellar : Je me souviens que lors de l’écriture de la narration, cette préoccupation était présenteà mon esprit. Vers la fin du film, j’évoque cette illégalité dans deux pays proches de ma famille. Je ne m’attendais à rien, mais j’espérais certainement participer humblement à faire connaitre ce paradigme si peu connu, afin que chacun puisse bénéficier d’un véritable choix pour sa propre vie. Justement,une petite sortie guérilla est prévue en Allemagne en novembre, avec un crowdfunding Allemand cette fois, afin de tenter de me faire venir, d’organiser une projection de presse…

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