La Dasen refuse sa déclaration en IEF

Maman de deux enfants, Isabelle a choisi l’instruction en famille. Depuis trois ans, elle est soumise au contrôle pédagogique organisé par les services de l’Éducation nationale. Isabelle vit ces contrôles comme de vraies confrontations au cours desquelles ses droits sont sans cesse bafoués. Elle vient d’envoyer ses déclarations d’IEF mais l’inspection refuse d’en accuser réception au titre que l’instruction n’a pas pu être vérifiée lors du contrôle organisé l’année dernière. 

Le C’IEF : En quelques mots, peux-tu définir tes choix pédagogiques ?

Isabelle : Ce qui compte pour moi, avant tout, c’est que mes enfants gardent cette envie d’apprendre avec laquelle ils sont nés et qu’ils continuent à découvrir le monde par plaisir et non pas de manière contrainte et en fonction d’un programme (le 1er est en IEF, le second a moins de 6 ans). Je les suis donc dans leurs nombreux centres d’intérêt, et les apprentissages passent avant tout par des lectures, des jeux, des réponses à leurs questions (réponses que je n’ai pas forcément, mais qu’on cherche ensemble), des sorties, etc. Du coup, notre objectif est d’apprendre en s’amusant.

Le C’IEF : Pourquoi l’inspection affirme-t-elle que l’instruction n’apas pu être vérifiée ?

Isabelle : En fait, je ne sais pas. Le 1er contrôle n’a jamais eu lieu parce que les modalités qu’ils ont tenté de nous imposer étaient inacceptables (convocation pour 2h30 de tests pour un enfant de 7 ans, sans la présence de ses parents, dans les locaux de l’inspection). Le contrôle de 2013 s’est fait à domicile dans des conditions correctes – ce n’était pas parfait, mais mon fils l’a bien vécu et n’a pas été testé. Ils ont mis 13 mois à m’envoyer le rapport, qui constate bien qu’il y a instruction.

En 2014, ça s’est compliqué : la même inspectrice est venue, agressive dès le départ. Elle a refusé de me laisser présenter l’instruction de mon fils, a coupé court à tout dialogue. Le résultat, c’est que mon fils s’est braqué : après avoir commencé à montrer ce qu’il avait préparé, il s’est fâché et a quitté la pièce. L’inspectrice l’avait quand même entendu présenter des livres qu’il avait lus et les classeurs où nous mettons tickets de musée, programmes, traces écrites, etc. Elle a pu consulter plein de choses, mais a néanmoins fait un rapport défavorable. Elle y prétend n’avoir pas pu constater l’instruction de mon fils et va jusqu’à écrire que je ne l’ai pas autorisé à s’exprimer même en ma présence…

Depuis, et bien que l’inspection n’ait pas choisi de faire un deuxième contrôle sur l’année scolaire 2013/2014, ils prétendent aujourd’hui qu’ils n’ont pas pu constater l’instruction de mon fils pendant deux années. Il leur suffirait de relire le premier rapport pour voir que c’est faux, sans compter que le second est partial et mensonger.

Aujourd’hui, après avoir tenté de nous pousser à passer par le CNED, ils prétendent nous refuser notre « demande » d’instruction en famille et n’acceptent pas de nous fournir un accusé de réception de notre déclaration. Cela ne repose sur aucun fondement légal, mais cela n’a pas l’air de les déranger outre mesure.

Le C’IEF : Quelle est l’attitude des personnes chargées des contrôles vis-à-vis de toi, de ton enfant ? Quelles sont leurs réelles motivations ?

Isabelle : En 2013, j’ai trouvé que l’inspectrice était froide, mais correcte. J’avais l’impression qu’elle ne voulait absolument pas se prononcer.Elle a tenté de nous séparer, mon fils et moi, et la conseillère pédagogique a tenté de le tester, alors même que j’avais prévenu à l’avance que cela allait à l’encontre de nos choix pédagogiques. Mais elle est restée polie et n’a pas fait de critique ouverte.
En 2014, je ne sais pas si c’est parce qu’elle est arrivée en retard qu’elle était de mauvaise humeur, ou parce que j’avais osé réclaméle rapport qu’elle refusait de m’envoyer, mais l’ambiance étaitglaciale dès son arrivée. Elle m’a dit : « je n’ai pas àvous écouter » quand j’ai voulu faire un point sur l’année encours, m’a annoncé qu’elle ne prêtait pas foi à mes déclarationsqui « ne prouvent rien » et que je n’étais pas « enposition de demander quoi que ce soit ». A nouveau, il y a euune tentative de nous séparer et de tester mon fils. J’ai eul’impression d’être jugée coupable, mais de quoi ? Mon filsbénéficie de son droit à l’instruction et nous étions prêts àle montrer. Nous avons accueilli l’inspectrice, mais que fairelorsque celle-ci refuse d’écouter et ne s’intéresse pas beaucoupaux documents et matériels qui lui sont présentés ?
Ilme semble évident que cette personne est tout sauf neutre quant àl’instruction en famille ou la manière dont nous la pratiquons. Jene sais pas quel est son objectif : nous prouver que hors école,il n’y a pas de salut ? Ce n’est pourtant pas son travail. Mais elle n’agit clairement pas dans l’intérêt de l’enfant : monfils qui a toujours adoré apprendre a fait un blocage sur lesapprentissages pendant les trois mois qui ont suivi sa venue !Et comment va-t-il réagir à l’annonce du prochain contrôle ?Personnellement, j’ai mis pas mal de temps à me remettre de lamanière dont nous avons été traités, c’était très violent.

Le C’IEF : Que penses-tu d’une manière générale de cette obligation de déclaration et de contrôles ? D’un point de vue légal, est-ce que c’est vraiment l’intérêt de l’enfant qui prime ? D’un point de vue « éducatif », est-il nécessaire d’évaluer les enfants ? 

Isabelle : Chaque année, j’ai du mal à faire ma déclaration : il ne me semble pas naturel de devoir annoncer à une administration que je m’occupe de mon fils. C’est un peu comme si j’avais dû écrire, quand il était plus jeune, que je déclarais vouloir l’éduquer moi-même… Pour moi, c’est juste une décision parentale. La déclaration a beau ne pas être une demande d’autorisation, cela y ressemble beaucoup trop. Mais c’est la loi, et je l’ai toujours respectée, j’envoie donc ce courrier à chaque rentrée.

Les contrôles, c’est encore pire puisque l’Éducation nationale est juge et partie. Certaines familles témoignent de contrôles respectueux, donc a priori c’est possible. Mais c’est trop souvent le bras de fer, il faut se battre pour faire respecter les droits de la famille, connaître la loi sur le bout des doigts et même ainsi, cela ne suffit pas toujours. La menace du signalement a de quoi faire ployer les familles qui n’oseront pas forcément refuser les tests, pourtant illégaux, ou défendre leurs choix pédagogiques. A l’inverse, quand c’est l’Éducation nationale qui ne respecte pas la loi, quel recours avons-nous ?

Les contrôles ne se passent pas toujours bien dans les familles qui ont un fonctionnement très scolaire, alors dès que l’on s’en éloigne, cela se complique encore. Comment un inspecteur de l’Éducation nationale pourrait-il apprécier les apprentissages autonomes, à moins d’être particulièrement ouvert d’esprit ? Chez nous, comme chez de nombreuses familles, les contrôles sont source de stress pour les adultes comme pour les enfants. Il est alors difficile de résister à la pression de pousser l’enfant dans tel sens ou de proposer des activités rien que pour avoir quelque chose à montrer à l’inspecteur, ce qui nous éloigne de nos choix pédagogiques. Je n’arrive pas à voir ce qui peut sortir de positif de ces contrôles. Pour l’instant, mes choix pédagogiques ont été plus d’une fois critiqués – devant mon enfant – par l’inspectrice et la conseillère, de manière plutôt arbitraire, mais aucun conseil intéressant ne m’a jamais été donné. Et, d’un côté, c’est normal, parce qu’ils ne sont pas des experts de nos enfants ni de nos choix pédagogiques.

Pour ma part, je ne cherche pas à évaluer mes fils. Je vis avec eux, j’ai donc une connaissance générale de leurs connaissances, acquisitions et intérêts. L’avantage, lorsque l’on suit leurs demandes et leur rythme, c’est qu’ils peuvent apprendre très vite ce qui les intéresse. Et comme c’est ancré dans leur vie au lieu d’être tiré d’un manuel, on en voit vite le fruit. Après, il m’arrive souvent de découvrir qu’ils ont appris telle ou telle chose sans que je ne m’en rende compte, voire sans que j’aie la moindre idée d’où cela vient. Mais ce sont de belles surprises ! Les soumettre au stress de l’évaluation ne nous apporterait rien : si, dans la vie quotidienne, ils s’aperçoivent qu’ils ont besoin – ou envie – de connaître quelque chose, alors ils s’y mettent ou trouvent une autre solution, mais leur motivation est interne et non pas liée à une note ou tout autre évaluation qui viendrait sanctionner leurs activités.

Le C’IEF : Quels sont tes recours devant le refus de l’inspection d’accuser réception de ta déclaration ?

Isabelle : J’ai demandé l’aide du Collect’IEF et de Led’a. Heureusement qu’il est possible d’être soutenu par des associations, parce que ce combat permanent est usant. Pour l’instant, malgré les courriers et appels téléphoniques du Collect’IEF, l’inspection fait la sourde oreille et tente le chantage. Ils ne feront pas l’accusé de réception, tout en reconnaissant qu’ils ont bien reçu la déclaration, tant que je n’aurai pas rencontré les services de l’inspection… En même temps, comment espérer du positif d’une telle rencontre basée sur un refus de respecter la loi et un chantage ?

Nous sommes toujours dans le bras de fer…