IEF : Chroniques d’une mise à mort dénoncée.

Le ministère de l’Education nationale a reçu le 26 mai les associations nationales dans le cadre d’une consultation pour faire le point sur l’évolution de l’IEF et des nécessaires évolutions réglementaires.

La croissance importante des enfants instruits en famille inquiète le ministère de l’Education nationale et certains élus.

De 3000 environ dans les années 2000-2010, le nombre des enfants en IEF aurait dépassé la barre des 8000 d’après une récente enquête réalisée par la DGESCO. Les chiffres seront communiqués ultérieurement par le ministère.

Suite aux attentats terroristes de 2015, des mesures avaient été annoncées pour renforcer les contrôles dans le cadre de l’IEF. A l’époque, le ministère avait fait part, aux associations indignées par ce nouvel amalgame, de sa position de fermeté. Le ministère confirme aujourd’hui cette position mais l’amalgame entre la radicalisation et l’IEF ne semble plus de mise.

Qu’est-ce qui inquiète donc tant le ministère et certains élus ? Une inquiétude telle qu’elle exige de nouvelles dispositions réglementaires malgré un arsenal juridique existant et opérant.

Est-ce la seule augmentation du nombre des enfants instruits dans la famille qui peut être l’expression du malaise de certaines familles à l’égard du système scolaire ? Le ministère y voit-il une crise hémorragique qu’il faut stopper sans tarder ?

Les mesures envisagées ne laissent aucun doute sur l’avenir de l’IEF en France. Elles signent clairement la mise à mort de la liberté de l’enseignement et donc de la liberté des choix éducatifs.

Un projet de décret va être en effet présenté au CSE au mois de juin prochain.

Les modifications portent sur la progression des enfants en IEF qui sera désormais liée aux attendus de chaque fin de cycle d’enseignement, et sur la soumission des enfants à des exercices écrits ou oraux.

Dans le cadre de l’instruction en famille, nombreux sont les parents qui font le choix de ne pas suivre les programmes scolaires comme le prévoit le principe constitutionnel de la liberté de l’enseignement. Par conséquent, « la progression retenue » par les familles ne correspond pas aux attendus de chaque fin de cycle d’enseignement.

Si l’Education nationale considère que la même « logique » doit être imposée à tous les enfants du même âge et au même moment, ces familles observent, elles, à l’instar de Peter Gray, chercheur au Boston College, qu’il n’y a pas de « logique prévisible » pour les enfants instruits à domicile que ce soit dans le cadre de l’apprentissage de la lecture ou dans tous les autres domaines.

C’est l’expression même de la diversité pédagogique, fondant le principe de la liberté de l’enseignement, qui est remise en cause.

Quant à la « soumission » des enfants aux tests écrits ou oraux, elle démontre bien la volonté du ministère de soumettre l’IEF à la logique scolaire au même titre qu’il souhaite réduire les familles au silence en les punissant d’une injonction de scolarisation au cas où elles refuseraient deux contrôles consécutifs… au motif par exemple qu’elles sont contre le principe de l’évaluation, choix pédagogique, voire éducatif qui est le leur et qui doit être respecté. Que devient alors « l’esprit critique » qui « ouvre à la connaissance » dont se prévaut le socle commun et auquel tous les enfants doivent se référer ? En France n’a-t-on plus que l’obligation d’instruire selon les méthodes et paliers de l’Education nationale ?

Enfin pour « éviter le débat parlementaire », le ministère souhaite modifier l’article L.131-10 du Code de l’éducation par le biais d’un amendement déposé dans le cadre de la loi Egalité et Citoyenneté. Son but, donner à l’administration le dernier mot notamment quant aux choix du lieu du contrôle.

Le Collect’IEF dénonce la duplicité du ministère de l’Education nationale qui sous couvert de « permettre le dialogue », « de clarifier les modalités de contrôle », « de réduire la part d’arbitrage », ôte toute latitude aux familles d’exprimer et de vivre leurs libertés.

NON à la mise à mort de nos choix pédagogiques et éducatifs !

OUI au respect des « parents qui ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » ! Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948, article 26- 3.