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Le regard de Hugo, 25 ans, ex-IEF, sur les changements législatifs et règlementaires en cours.

Je réagis sur la loi qui concerne les nouvelles restrictions sur la liberté d’enseignement. Je suis toujours étonné de voir des débats sans témoignages directs des personnes concernées. Je suis allé à l’école de la maternelle au CM2 et j’ai suivi une instruction à domicile pendant 9 ans. Ce texte n’est qu’une déclaration personnelle basée sur mon expérience et mes échanges avec d’autres personnes.
Je tiens à rappeler certains faits, pratiquer l’instruction à domicile n’est pas sans contrainte, elle entraîne la visite d’une assistance sociale et des contrôles annuels. C’est à dire qu’un représentant de l’état vient chez vous, vérifier le cadre de vie de l’enfant. Vous allez me dire mais oui c’est normal, il faut s’assurer que l’enfant n’est pas maltraité, que tout se passe pour le mieux. Je rappelle que pour l’année 2015 : 98.000 enfants sont identifiés comme étant maltraités et vont pourtant à l’école. Qu’est-ce qui justifie la présence chez nous d’une assistante sociale ? Alors que nous faisons un choix de vie qui devrait être anodin. Et dans ce cas pourquoi toutes les familles de France ne reçoivent pas la visite d’une assistante sociale ? C’est très clairement perçu comme une stigmatisation, aucune famille ne vous dira qu’elle a passé un bon moment avec un inconnu assis dans son salon qui pose des questions sur sa vie privée. Comment ne pas vouloir rejeter ce jugement ?
Ma famille n’a commis aucun crime. Seulement la loi nous étiquette d’office comme étant une situation à risque pour l’enfant. C’est triste. Sans parler des contrôles qui reviennent chaque année. J’en ai passé plusieurs, et c’était un facteur de stress important pour moi. J’avais le sentiment absurde de devoir rendre des comptes, d’avoir à me justifier de vouloir étudier chez moi. Je me souviendrai toujours d’un contrôle que j’ai passé à 15 ans. Je m’étais déplacé dans un collège, où 6 à 8 professeurs, soit environ un par matière nous attendaient. La pression était énorme, en plus d’affronter des adultes inconnus j’allais être interrogé sur des notions qui ne m’étaient pas familières. Je n’avais aucun des codes de l’école. Donc forcément, le stress n’aidant pas, je n’ai retrouvé aucun de mes repères dans les exercices qu’ils me donnaient. Ils ont porté un jugement, parfois très dur sans se soucier du véritable contexte de mon apprentissage. Je ne suivais pas le programme de l’Éducation nationale, je ne vois pas l’intérêt de reproduire un même schéma d’étude à la maison. Je le redis aux inspecteurs ça ne sert à rien de vouloir nous imposer un parcours encadré, quasi millimétré de nos 7 ans à nos 17 ans, Napoléon à 9 ans, la seconde guerre mondiale à 14 ans. Il n’y a pas d’âge pour l’histoire, la seule donnée qui compte c’est la curiosité, je le mesure encore plus à 25 ans. Quand je suis vraiment intéressé par un sujet, que ce soit les grecs, l’inquisition ou la guerre froide, je vais lire des livres, des articles, regarder des documentaires, je vais utiliser ma motivation comme moteur de découverte. Je ne dis pas que c’est un processus qui doit se faire seul, si je peux échanger avec une autre personne c’est encore mieux. Mais que la démarche vienne de soi c’est très important, s’investir autant dans la collecte de données pour satisfaire sa propre curiosité assure une bonne mémorisation. C’est la base de l’instruction à domicile : une totale liberté d’études. Personne n’est là pour me dire : aujourd’hui tu dois apprendre cette notion, ou t’intéresser à un tel. Cet effort l’enfant doit le faire par lui-même car il est fondateur, il affirme sa confiance en soi et sa personnalité parce qu’il en est l’initiateur. Je rappelle que c’est ici mon propre ressenti par rapport à l’enseignement, je ne veux pas faire de généralités, je conçois tout à fait que d’autres enfants apprennent différemment. Mais moi je ne veux plus de cette « recette éducative » que l’éducation nationale fait ingurgiter à des millions d’enfants, je n’en veux ni pour moi ni pour mes enfants. Elle est peut être optimisée pour l’excellence, pour tirer les gens vers un élitisme, mais je ne suis pas intéressé par la performance. Pas ici, pas pour ça, c’est trop important pour que je cherche à me comparer aux autres et à être le meilleur. J’ai fait le choix de l’échange et de l’introspection comme équilibre intérieur, il n’y a pas de place pour la compétition et l’uniformité.
Cette fissure entre l’école et la maison, je l’ai ressenti quand cet inspecteur m’a lancé au visage que je serai incapable de passer le bac en géographie. Franchement maintenant que je suis adulte, je me demande l’intérêt d’une telle réflexion. L’homme qui m’interrogeait devait avoir une quarantaine d’année donc probablement plus de 20 ans d’expérience dans l’éducation. Et seulement après 15 minutes d’échange il a conclu sévèrement que je serai incapable de passer le brevet en géographie. Je l’avais obtenu un an auparavant ! Et, le bac quelques années plus tard. Quelle satisfaction a-t’il pu tirer d’une telle déclaration ? Où est la pédagogie et le respect ? Un enfant ou un adolescent est une personne sensible. Ne pas mesurer le poids de ses mots lorsqu’on est adulte et encore plus un « pédagogue » reconnu par l’état, c’est grave. Penser que ce genre d’attitude dominante ou dénigrante n’a pas d’impact sur la psychologie d’un enfant est faux. La charge émotionnelle peut être énorme, et l’enjeu paraît déterminant pour l’enfant. Son cadre de vie est remis cause, et s’il ne correspond pas aux attentes des contrôles, il retourne à l’école. Sous quel prétexte se permettent-ils de remettre en cause un tel équilibre ? Parce qu’il apprend un peu moins vite ou différemment ? Parce qu’il a moins de culture générale ? Parce qu’il n’écrit ou ne lit pas encore très bien ? Ça veut dire quoi ces questions, être au niveau par rapport à qui ? Par rapport à un standard de lecture ? Je parle d’enfant, chacun devrait être libre d’avancer à son rythme et ne pas voir cette différence étiquetée. Je pose donc cette question : Comment pouvez vous humainement imposer de telles pressions à des enfants ? Je ne comprends pas pourquoi des enfants et des parents doivent subir de telles pressions. Alors que nombre de collégiens ne savent pas lire, et que 20% des élèves de 15 ans sont considérés en échec scolaire. Un budget de 88 milliards d’euros par an est alloué à l’Éducation nationale pour appliquer un enseignement qui ne fonctionne que partiellement et inéquitablement. Mes parents ont fait leur travail d’enseignement et d’écoute en s’adaptant à chaque enfant, sans recevoir d’argent de l’état.
Certaines personnes ont aussi rappelé que nous étions des enfants de la République et que de ce fait, ils devaient se soucier de notre « sécurité » et de notre éducation. En dehors du droit d’avoir un nom, une nationalité, et un accès gratuit à une éducation, il est aussi indiqué dans les droits de l’enfant que l’état doit respecter son opinion. Si la liberté est une valeur de la République, admettre que des individus pouvant avoir des trains de vie différents sans contraintes et sans défiance pourrait être un point de départ. Tous les enfants ne sont pas heureux à l’école, c’est un fait, certains s’en accommodent très bien, d’autres non. Je n’ai pas la prétention de dire qu’il n’y a qu’une seule réponse à une question aussi complexe. Mais on est forcé de reconnaître que des adultes ont eu une mauvaise expérience de l’école, certains en ont souffert. Contraindre des enfants à rester 6 à 7h assis, à écouter une même personne pendant 2h ou 3h, rentrer à la maison à 17h et travailler deux heures de plus pour intégrer les notions abordées dans la journée. Où est la créativité ? L’énergie, la motivation ? La spontanéité ? L’esprit de découverte fondateur ? De ne pas construire seulement ses connaissances autour de notions mathématiques quand adulte certains utilisent avec peine des multiplications… En réalité votre système est dur, noté, hiérarchisé, compétitif, réducteur et le mien est souple, doux, créatif, curieux et motivant. Il y a des banquiers, des peintres, des avocats, des musiciens, des médecins, des pompiers, tous sont différents, certains sont à l’aise et se reconnaissent dans le sport, la biologie, les livres, l’informatique… et pourtant aucun ne vaut moins que l’autre.. Cette égalité devrait se retrouver chez les enfants et pourtant on les forcent à apprendre les mêmes matières, on les notent et les classent par ordre de grandeur. Je ne me reconnais pas dans votre système et pourtant je le respecte . Seulement Vous éditez des lois qui contraignent encore plus ma manière de vivre, petit à petit vous étouffez et limitez ma liberté. Vous voulez l’encadrer sous prétexte de vouloir mieux la contrôler. Je vous le redis la différence est un fondement de la république, de l’humanité, et elle doit être respectée. Je ne parle pas de femmes battues, de drogue, d’alcool, de meurtres, je parle d’enfants qui échangent avec leurs parents, qui lisent, jouent, regardent des documentaires, font du sport, écrivent, dessinent. Pourquoi consacrer tant d’énergie à le reformer dans votre sens ? Alors qu’il s’épanouit déjà de lui même. Arrêtez… Vous pensez peut être bien faire, mais prenez le temps d’observer car des parents et des enfants font un choix très important.
J’aimerai finir sur une autre remarque qui revient souvent : la socialisation de l’enfant sans l’école. Socialiser c’est s’adapter à la vie en société. Une classe c’est un échantillon de 30 élèves d’âge équivalent et un référent adulte, le professeur. Peut-on vraiment affirmer que c’est un exemple sociabilisation ? Je ne le pense pas. Echanger avec de nombreux adultes sur un pied d’égalité, grandir avec des enfants plus jeunes ou plus vieux, être au contact de personnes âgés tout ça forme un vrai tissu social. Avoir un aperçu dans sa jeunesse du monde du travail par l’observation ou en participant est un facteur de socialisation. Voyager et se confronter à de nouvelles cultures c’est socialiser. Je n’ai jamais eu aucun mal à me faire des amis et mes frères et sœurs encore moins. A travers n’importe quelle activité sportive ou ludique il est aisé d’entrer en contact. J’ajouterai même que si nous étions plus nombreux à avoir cette approche, il serait encore plus simple et stimulant d’échanger. Quand une personne vous affirme que de travailler chez soi c’est tuer la sociabilité de l’enfant, que c’est l’enfermer, je vous réponds qu’il a tort. Penser sans connaître, juger sans observer ou échanger, c’est admettre que l’on réduit le monde à sa pensée. Il n’y a aucune velléité de pouvoir ici, aucune volonté de restreindre un enfant. C’est un monde dont les fondations sont le respect de l’autre, l’échange et la confiance. Il n’y a pas d’autres enjeux que ceux que les enfants veulent se donner, si jouer et être heureux en font partie, je suis le premier à y adhérer.
Hugo Vincent, 25 ans.

Grève des relations avec l’Éducation nationale

Un parent a annoncé qu’il ferait grève : « tant que je ne suis pas à égalité tant que mes enfants ne sont pas considérés comme des individus à part entière, pleinement reconnus dans leurs libertés individuelles tant que mes choix ne sont pas entendus, considérés et respectés ».

 

A Madame la Directrice académique des services de l’éducation nationale,

 

Vous nous invitez par votre courrier du 19 mai, à nous présenter, avec nos enfants en âge d’être soumis à l’obligation d’instruction, au collège M, le 24 juin, à 15h. Vous écrivez que « ce contrôle (…) doit permettre de mesurer, dans chacun des sept domaines de compétences déclinés dans le socle commun, l’évolution des acquisitions des connaissances de [nos] enfant[s], en fonction de la progression globale que [nous aurions] définie et mise en œuvre das le cadre de [nos] choix éducatifs. »

 

Madame, comme vous le savez certainement, nous participons, depuis plus de 3 ans, à un groupe de familles qui tentent, vainement, de se faire entendre auprès du rectorat. En effet, le gouffre qui sépare la vision de l’éducation nationale de la pratique de certaines familles en matière d’apprentissage et de respect des libertés individuelles, nécessite, pour un respect minimal de la liberté des choix pédagogiques des familles et des enfants, un travail d’écoute et de réelle concertation, empreint de bienveillance et de volonté d’ouverture à d’autres paradigmes éducatifs. Nous le réclamons depuis 3 ans. Nous réclamons des garanties pour que toutes les familles soient respectées dans leurs choix pédagogiques, dans toutes leurs relations avec l’éducation nationale. En attendant que nos demandes soient satisfaites, nous sommes plusieurs à ajourner les contrôles, cela nous semble le seul moyen de ne plus subir l’arbitraire et le hasard de contrôles plus ou moins respectueux, plus ou moins attentifs à nos enfants, plus ou moins encourageants, plus ou moins traumatisants… Aujourd’hui, nous apprenons avec consternation la teneur des projets gouvernementaux en matière de contrôle des apprentissages des enfants hors-école ou en école hors contrat. Non seulement nous ne nous sentons toujours pas entendus, mais encore plus, totalement méprisés dans nos tentatives de dialogue, dans nos tentatives de construction de solutions communes.Les changements de textes prévus et annoncés par Monsieur Noblecourt pour la rentrée ne permettront pas à ce que nos choix pédagogiques ou éducatifs soient respectés.

 

Nos choix éducatifs ne nous permettent pas de laisser soumettre les enfants à des exercices, d’autant moins si ces exercices ont valeur d’examen pour l’instruction qui leur est donnée, et encore moins si cela est leur seule raison d’être.

Nous ne croyons pas que « l’acquisition des connaissances et compétences est progressive et continue dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture », nous croyons, et surtout, nous avons constaté de nombreuses fois, auprès de personnes hors école, mais aussi auprès de personnes scolarisées, qu’au contraire les apprentissages peuvent aussi se faire de façon brutale, rapide, hachée, et dans des ordres très divers. Bien sûr, la croyance que « l’acquisition des connaissances et compétences est progressive et continue dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture » permet de rendre « le contrôle de la maîtrise progressive des acquis du socle commun (…) au regard des objectifs de formation attendus à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire » pertinent, à tout le moins logiquement acceptable.

Seulement, nous ne pouvons y souscrire, cela est en totale inadéquation avec notre pratique. En outre, comme notre groupe l’a déjà écrit à propos du socle commun en 2013, tant que la définition d’une instruction acceptable, juste, et nécessaire absolument, sera celle, unique, choisie par les représentants de l’État pour les enfants confiés à l’instruction publique, il restera un écueil à la liberté de l’instruction… Comment ne pas logiquement questionner le dogmatisme et la sclérose d’une société qui édite des normes d’instruction à vocation de monopole, coercition à l’appui ? Cet écueil sauterait cependant simplement, si l’on considérait enfin que le droit à l’instruction n’était pas un devoir d’instruire coûte que coûte ni un devoir d’apprendre.
Mais laissons cela, nous entendons bien trop souvent que nous refusons l’école, les contrôles, les tests, le système… nous, les familles en IEF… Mais voyez-vous, Madame la Directrice, quand nous parlons de nous, on nous dénie l’expertise de nos vies, on nous explique que ce que nous vivons n’existe pas, ou est faux, ou dangereux, ou que cela ne peut être considéré comme acceptable. Pour nous faire avaler l’école, les contrôles, les tests, le système scolaire, une certaine vision de l’enfance, des apprentissages, une certaine idée de la réussite, scolaire, sociale, professionnelle… Il est juste que nous nous débattions.
J’aimerais pouvoir vous parler, Madame, de mes choix éducatifs, de mes difficultés de parent, de mes questionnements, de nos réussites, ou plutôt de ce que les enfants considèrent de réussites pour eux-mêmes (les voir autonomes dans la définition de la valeur qu’ils se donnent n’est pas la moindre des raisons que j’ai de me réjouir de ce qu’ils sont et deviennent). J’aimerais pouvoir partager avec vous sur les priorités que j’ai posées entre les différents domaines du socle commun, familial et global, de connaissances, de compétences et de culture, et sur la poursuite de mes questionnements éducatifs. Nous pourrions débattre des plus ou moins grands risques de plus mal maîtriser tel ou tel domaine de connaissances, de compétences et de culture qu’un autre, car nous pourrions aussi parler en connaissance de la réalité de terrain, c’est à dire celle qui prend acte du fait que peu de gens, à 16 ans, dans notre pays, maîtrisent réellement le socle commun.
Si nous étions à égalité. Si mes enfants pouvaient être considérés comme des individus à part entière, pleinement reconnus dans leurs libertés individuelles. Si je pouvais me sentir en confiance, que mes choix seront évalués non comme des déviances à une norme légitime, universelle et indiscutable, mais comme une alternative à un choix sociétal, contextuel, mouvant, à contenu en partie idéologique et politique, majoritaire à ce moment de notre histoire. Si mes choix étaient également reconnus comme contextuels, mouvants et évolutifs, à dimension sociétale, à contenu en partie idéologique et politique, minoritaires aujourd’hui ; cette minorité ne permettant pas cependant, par simple référence aux droits fondamentaux, de ne pas respecter l’intégralité de mes choix et convictions politiques et philosophiques, y compris en matière de choix pédagogiques. Mais nous ne sommes pas à égalité. Mes choix ne sont pas entendus, considérés et respectés. Mes enfants ne sont pas considérés comme des individus à part entière, pleinement reconnus dans leurs libertés individuelles. Je ne me sens pas en confiance. Je voudrais que cette situation cesse.

C’est pourquoi, Madame la Directrice, je ne serai pas présente le 24 juin avec mes enfants au Collège M. J’entame une grève des relations avec l’éducation nationale : tant que je ne suis pas à égalité tant que mes enfants ne sont pas considérés comme des individus à part entière, pleinement reconnus dans leurs libertés individuellestant que mes choix ne sont pas entendus, considérés et respectés

Je vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Directrice académique des services de l’éducation nationale, l’expression de mes sincères salutations.

Lettre à ceux qui nous gouvernent

SAUVEGARDE-LIBERTE-PEDAGOGIQUE

Je ne veux plus être l’objet de vos inquiétudes, le moteur de vos peurs. Je ne suis pas un sujet dont les droits sont inscrits dans des lois que vous balayez d’un revers de la main au nom des exigences d’une réalité que vous avez créée.

Je ne suis pas dans l’urgence. Il n’y a rien d’exceptionnel à laisser le temps faire son œuvre dans le développement d’un enfant. Il n’y a aucune nécessité à contraindre un enfant à grandir pas plus que l’on ne contraint la vie à s’expandre.

J’ai observé, depuis que nous sommes extraits du carcan scolaire, que tout dans l’enfant tend au plaisir. Il est dans l’instant tout entier propulsé, les sens accaparés par ce qu’il fait. Il fait et il est. Il est et il fait. Il ne dit pas « Je suis et je fait ». Non, les deux sont liés. Il est ce tout engagé dans le processus de la Vie. Je veux être celle qui laisse les champs ouverts à ses investigations en interférant le moins possible.

Je veux qu’il découvre le monde en dehors des peurs, des inquiétudes, de toutes ces anticipations inutiles que l’on projete sur lui, alors qu’il est tout consacré à la Joie de son propre devenir.

Il n’y a pas d’école de la vie. L’école est un bien artificiel créé par la nécessité du pouvoir de soumettre tous les sujets. Elle n’arme pas contre les peurs, elle prépare les sujets à les nourrir pour entretenir le système et le maintenir sous contrôle.

Vous voulez imposer un mode d’emploi qui déterminerait la progression de tous les enfants à un seul et même rythme, à des « attendus de fin de cycle successifs ».

Je ne peux pas soumettre l’enfant à ce qu’il n’est pas, lui qui magnifie l’imprévisible, lui qui se joue d’un temps que l’on pense linéaire.

Vous voulez le soumettre à vos prédictions, à vos attentes, à vos programmes mais pour l’y contraindre, il faut tuer en lui tout ce qu’il est et qui n’a que faire de vos prédictions, de vos attentes, de vos programmes.

Avez-vous seulement observé un enfant à qui l’on ne demande rien ? Un enfant qu’on laisse aller où la vie le pousse. Je ne parle pas d’un enfant confiné dans quatre murs. Je parle d’un enfant confié à la Nature et que l’on accompagnerait d’un œil confiant.

Je ne soumettrais pas mes enfants à la programmation que vous leur avez déterminée. Vous n’aurez donc rien à contrôler.

Vous vous déclarez le garant du droit à l’éducation de l’enfant.
Je vous garantis que j’ai mis et continue à mettre toutes mes forces vitales dans l’accompagnement du processus de développement de mes enfants.
Puisque je sens qu’il le faut, je vous dégage de toute responsabilité à leur égard.

Ne croyez pas que je doute parfois mais ce doute fait partie de l’éducation que j’ai reçue et non de la Vie qui nous est offerte.

Ne croyez pas que mes enfants soient en dehors de la réalité parce qu’ils sont tout entier consacrés à leur propre vie. Ils sont aussi tout entier dans la réalité qui les entoure.

Ne croyez pas que mes enfants ne soient pas au courant de la manière dont se conduit le monde, ils sont juste en train d’y penser en termes de solutions.

Et je vous garantis qu’il leur faut faire preuve de beaucoup de constance et de persévérance.
Il leur faut aussi entretenir une grande confiance en eux pour défaire une réalité qui bien souvent se plaît à poser des obstacles là où il ne devrait y avoir que les moyens mis en œuvre pour tous les possibles.

Un enfant que l’on confine dès son plus jeune âge n’est plus à même d’être ce qu’il est. Il se plie, il se tord voire il se casse comme la Vie que l’on contraint. Et il s’agit bien d’user de la contrainte pour le tenir quasi immobile.

Si vous ne voyez pas ce que les enfants deviennent chaque jour dans les classes, les statistiques, elles, vous le disent. Et malgré vos souhaits de réformes, les budgets insolents, tout indique que rien ne s’arrange, et au contraire, que cela ne cesse d’empirer. La montée de la violence en milieu scolaire vous crie ce que vous ne voulez pas admettre.

A vous lire, vos objectifs dont la visée est de donner « une importance particulière aux actions visant à prévenir les atteintes à l’intégrité physique et à la dignité de la personne », semblent louables.
Mais comment peut-on envisager la « bientraitance » et la « bienvaillance » en redonnant du sens « aux sanctions scolaires »?
Une sanction n’est-elle pas une atteinte à « l’intégrité physique et à la dignité de la personne » ?

Ne croyez pas que je nie le poids des réalités qui pèsent sur nos enfants en devenir.

Ne croyez pas que je nie les effets des violences multiples que nous exerçons sur le cerveau de nos enfants, les conséquences sur leur maturation émotionnelle et physique.

Ne croyez pas que je pense ne pas y avoir ma part.

Je le reconnais et je m’efforce aussi de ne pas porter plus que la culpabilité que l’on renvoie sans cesse aux seuls parents.

Je vous en prie puisqu’au moins vous ne niez pas les statistiques, ne justifiez pas le système qui les produit en le renforçant par des mesures de plus en plus coercitives.

Pas plus que je ne les ai acceptées quand mes enfants fréquentaient l’école, je n’accepterai que vous les transposiez aux choix éducatifs que nous avons faits pour nos enfants.

Je n’accepterai donc pas d’être votre complice. Je dois au moins cela à mes enfants.

Je n’accepterai donc pas que mes enfants se soumettent à vos attentes en matière de progression.

Je n’accepterai donc pas que mes enfants soient soumis à des « tests écrits ou oraux ».

S’il vous plaît de me sanctionner, moi, pour ces refus, je n’accepterai pas que vous les punissiez, eux, en les obligeant à être scolarisés alors qu’ils reçoivent dans leur vie de tous les jours notre soutien le plus indéfectible.

IEF : Un droit inaliénable – Lettre au président de la République

Nous avons choisi l’instruction en famille pour nos enfants.
C’est le moment des déclarations annuelles auprès de la mairie et de l’inspection académique.
Depuis 2001, nous n’y dérogeons pas conformément à l’article L.131-5 du Code de l’éducation.
Depuis 2001 nous sommes soumis à des enquêtes de la mairie et des contrôles organisés par les services de l’Éducation nationale.
Et depuis 2001, ces contrôles nous font mesurer à quel point notre « liberté » en matière de choix d’instruction est conditionnelle et discriminée.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme affirme pourtant le droit des parents « de choisir en priorité le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (Article 26-3). Cette éducation « doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. » (Article 26-2).
De même que la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales garantit aux parents que l’état respectera leur droit « d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. » (Article 2 – Protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales – Paris, 20.III.1952).

Cette liberté fondamentale est cependant conditionnelle car elle est subordonnée à une obligation de déclaration annuelle et à une obligation de contrôles. Ce qui revient finalement à en demander l’autorisation puisqu’elle est remise en cause chaque année par les personnes chargées des contrôles qui estiment selon leurs propres critères et sans tenir compte le plus souvent de nos choix pédagogiques si nous pouvons continuer à exercer ce « droit » à instruire nos enfants en famille.

Cette liberté est également discriminée puisque les parents sont soumis à une obligation de résultats, contrairement aux écoles, qu’elles soient publiques, sous contrat ou hors contrat. Si l’école échoue à instruire un enfant, elle n’est passible d’aucune sanction. En revanche si les services de l’Éducation nationale considèrent que nos enfants ne sont pas instruits, et très souvent sur la base de leurs seuls critères – en France, la liberté de l’enseignement est pourtant un principe constitutionnel (Conseil constitutionnel, décision n°77-87 du 23 novembre 1977, Liberté d’enseignement et de conscience, GDDC, n°25) qui « signifie la possibilité d’un enseignement substantiellement différent de celui dispensé par l’Etat, dans son inspiration, son contenu et ses méthodes » (P. Wachsmann, Libertés publiques, Dalloz, 5ème éd. 2005, p.601) – , nous sommes mis en demeure de les scolariser dans des établissements scolaires. Si nous considérons que ces mesures sont infondées et que nous nous y opposons, nous sommes passibles de sanctions pénales à savoir « de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. » (Art. 227-17-1 du Code pénal).

Depuis 2001, nous « subissons » donc ces contrôles.

D’une part, parce que les personnes chargées des contrôles ne respectent pas le plus souvent nos droits, en dépit de nos nombreux courriers et de prises de rendez-vous pour les faire valoir. Les contrôles ont ainsi été le lieu de « confrontations » durant lesquelles les enfants doivent s’exprimer alors que la Convention internationale des Droits de l’enfant reconnaît comme liberté fondamentale aux enfants la liberté d’opinion et la liberté d’expression.
D’autre part, parce que nous considérons comme l’écrit John Holt (éducateur et écrivain américain, défenseur du droit des enfants) que nos enfants n’ont pas besoin d’être contrôlés : « L’animal humain est un animal apprenant. Nous aimons apprendre. Nous en avons besoin. Nous sommes faits pour. Nous n’avons pas besoin que l’on nous montre comment ou que l’on nous y force. Le processus d’apprentissage est au contraire tué dans l’œuf par les personnes qui interfèrent avec ou qui essaient de le réguler ou de le contrôler. ».

Nous avons réalisé que nous avons abandonné notre conscience aux législateurs de 1998 (loi n° 98- 1165 du 18 décembre 1998 tendant à renforcer le contrôle de l’obligation scolaire) et que nous nous sommes soumis à une loi qui n’apporte rien ni à nos enfants ni à nous-même. Nous en faisons l’expérience depuis 13 ans.
Enfin cette loi nous semble d’autant plus inique, qu’elle a accordé la priorité à la fréquentation des établissements scolaires, alors que l’école souffre, peut faire souffrir, et que l’enfant peut s’y ennuyer : […] L’enfant est naturellement d’une curiosité inouïe. La structuration de ses réseaux neuronaux fait de lui un « athlète synaptique », comparé à l’adulte. Son enthousiasme pour la nouveauté est considérable et ses capacités d’apprentissage impressionnantes. Or, que lui proposons-nous pour épanouir cette potentialité formidable ? De se forcer à s’intéresser à des matières éloignées de sa vie, qui le motivent de moins en moins et qu’il voit infiniment mieux traitées ailleurs. A partir de 12 ans, cela devient dramatique. La transmission est censée se dérouler lors de séances appelées « cours » qui durent un peu moins d’une heure (durée décidée par les moines du Moyen Age) et auxquelles il doit assister sans bouger. Double absurdité : on sait aujourd’hui que la capacité d’attention d’un enfant (et de beaucoup d’adultes) chute au bout de 20 à 30 minutes ; d’autre part, l’immobilité physique du jeune humain est nocive à son fonctionnement cortical si elle dépasse un quart d’heure. Bouger est pour lui vital, la psycho-neuro-immuno- endocrinologie l’explique bien. » (Richard David Precht, philosophe allemand).

Notre priorité est d’assumer auprès de nos enfants (comme nous le faisons depuis la naissance de notre premier enfant) ce à quoi nous nous sommes engagés en les menant au monde et non de lutter pour un droit qui est inaliénable et qui ne doit donc pas être remis en question chaque année.

Aujourd’hui nous décidons de nous réapproprier notre conscience, et en conscience, nous déclarons que les contrôles sont contraires à nos libertés les plus fondamentales que sont la liberté de conscience, la liberté de l’enseignement, et la liberté de choix de l’instruction.

Nous vous demandons donc de reconsidérer la loi et de garantir aux personnes que nous sommes la liberté de conscience dont disposent naturellement les êtres humains.

 

POURQUOI MES ENFANTS N’IRONT PAS À L’ÉCOLE – POURQUOI MES ENFANTS N’IRONT PAS ME VOIR EN PRISON

La proposition de loi déposée le 18 décembre 2013 à la Présidence du Sénat par des parlementaires issus du parti de l’UMP a agité, on s’en souvient, les esprits de nombreuses familles, qui entendent sonner le glas de l’instruction en famille.

Il faut raison garder.

D’ailleurs, calmement, j’annonce : mes enfants n’iront pas à l’école – mes enfants ne veulent d’ailleurs pas aller à l’école.

Et je ne les y oblige pas.

D’ailleurs, ça m’arrange. Je ne veux pas avoir à soutenir le système éducatif de l’éducation nationale que je me sentirais contraint d’assumer individuellement pour mieux les accompagner dans cette démarche. N’est-ce pas à ce rôle que les parents sont acculés ? Parents d’élèves, crûment, et non pas parents tout court –parents de nos enfants. La nuance mérite d’être relevée.

Je les soutiens. Et les soutiendrai, s’il le faut.

Mes enfants n’iront pas à l’école.

Le texte de cette proposition s’inscrit dans la lignée d’autres propositions et projets, abandonnés, rejetés ou en cours, qui gagent d’aspirer la liberté des enfants (et celle des parents) et s’ajoute aux modifications que subit depuis plusieurs années la législation en vigueur qui s’applique au cadre de l’instruction enfamille. Car le cadre est bien là. Il décharge les parents et les enfants concernés, de manière alternative à la décharge proposée par le système éducatif scolaire, de toute autonomie, de toute liberté, de toute égalité. Liberté de choisir, égalité devant le choix, autonomie dans la réalisation. On nous décharge du pouvoir de décider. Les enfants sont déchargés de leur libre arbitre pour agir selon leurs aspirations et leur motivation.

Mes enfants ont vu l’école – ils n’ont pas compris.

Mes enfants n’iront plus à l’école.

Raison garder ?

Mais comment ne pas sourire devant l’apparente ignorance affleurant l’exposé des motifs de cette proposition ?

Comment ne pas cautionner l’élan de motivation né de cette annonce ?

Comment ne pas croire en une provocation à peine dissimulée d’interdire, purement et simplement, l’instruction en famille, afin de « mieux » – car, oui, il est bien question de hiérarchiser des statuts – socialiser les enfants « de la République », comme aime à le répéter le monde politique, relayé par les médias.

Relisons donc, sans forcer le trait, l’exposé des motifs.

« L’un des buts de la scolarisation de l’enfant est sa socialisation. Celle-ci nécessite une éducation qui ait une dimension collective, qui lui permette de découvrir la diversité des conditions et des cultures des enfants de son âge et de rendre son développement plus harmonieux. »

Première nouvelle ! Fi des inégalités patentes, miroir du cadre géographique et social dans lequel grandissent les enfants, fi des déficiences de la mobilité sociale, fi des effets pervers de la carte scolaire, … fi de la richesse apportée par la diversité des âges qui se rencontrent dans la vraie vie, celle à l’extérieur de l’école.

Enfin : fi des compétences autonomes des enfants, et de celles des personnes qui les accompagnent, notamment de la famille, de leur libre capacité de vivre pleinement cette socialisation.

Mes enfants ne vont plus à l’école. Quelques jours à peine ont suffi à les dégoûter d’un cadre où obéissance, concurrence et mérite planent entre les rangs immobiles et silencieux d’élèves qui, uniformisés sans l’habit, se regardent en coin au service du plateau qu’on leur offre avec les connaissances et les compétences qu’on veut leur inculquer, tels des machines vierges avant programmation.

Que signifie « socialisation », sinon le processus d’adaptation à la vie engroupe, en société ?

Heureusement que les familles ayant fait le choix d’instruire leurs enfants à domicile ont déjà su contourner les interdictions définies par la loi de se regrouper de temps à autre afin de vivre collectivement cette aventure, sinon elles risqueraient devoir là une marque douteuse de l’humour parlementaire cumulant les contradictions.

Heureusement que bien des familles crient et revendiquent le fait d’instruire leurs enfants en société – mais pas de confier cette tâche à l’institution scolaire.

EN société. LA société est un leurre.

L’école n’est qu’une institution sociale. Parmi d’autres.

L’école n’est qu’un contenant méthodique. Le jargon appelle alors cela pédagogie.

Heureusement que bien des familles sont convaincues que l’harmonie du développement qu’elles offrent à leurs enfants est au moins égale à celle à laquelle croient aveuglément les législateurs encore majoritaires.

Pas de hiérarchie possible.

En 1985, l’écrivain autrichien Thomas Bernhard écrivait, dans son roman Maîtres anciens, pour lequel il reçut le prix Médicisétranger : « L’école est l’école de l’État, où l’on fait des jeunes gens les créatures de l’État, c’est-à-dire rien d’autre que des suppôts de l’État. Quand j’entrais dans l’école, j’entrais dans l’État, et comme l’État détruit les êtres, j’entrais dans l’établissement de destruction des êtres. […] L’État m’a fait entrer en lui de force, comme d’ailleurs tous les autres, et m’a rendu docile à lui, l’État, et a fait de moi un homme étatisé, un homme réglementé et enregistré et dressé et diplômé, et perverti et déprimé, comme tous les autres. Quand nous voyons des hommes, nous ne voyons que des hommes étatisés, des serviteurs de l’État, qui, durant toute leur vie, servent l’État et, dès lors, durant toute leur vie servent la contre-nature. »

Disons-leclairement : revendiquer et pratiquer le droit à l’instruction en famille peut également s’afficher comme un simple exercice d’une liberté, qui disparaîtrait avec des textes législatifs similaires à cette proposition deloi.

Il n’y aurait ainsi presque plus aucun domaine familial (donc parental et infantile) dans lequel l’État ne peut interférer.

Il est d’ailleurs déjà considérablement limité, dès lors que les représentants du Ministère ont le pouvoir de juges dans des situations dont le cadre leur échappe –heureusement – encore. Heureusement que bien des familles ont le goût du risque en ne déclarant pas ce statut. L’instruction en famille devient un délit – la libre instruction, l’autonomie, des actes criminels ?

Mes enfants n’iront pas à l’école.

L’exposé des motifs dissimule à peine sa volonté d’abolir cette liberté du libre choix de l’enseignement : « [l’éducationà domicile par la famille] ne peut être le prétexte d’une désocialisation volontaire, destinée à soumettre l’enfant, particulièrement vulnérable, à un conditionnement psychique, idéologique ou religieux. »

Ces parlementaires se font du souci pour ces enfants dont les familles vivent dans des conditions psychiques, idéologiques ou religieuses (philosophiques) qui seraientcontraires aux projets de société véhiculés dans les institutions scolaires ?

Tiens ! Mais… et alors : la « diversité des conditions et des cultures des enfants » ? Elle s’accroche au porte-manteaux, à l’école ? Elle entre, mais ne se diffuse pas, donc, puisque l’important, semble-t-il, est de la côtoyer collectivement.

Serait-ce à dire que les enfants scolarisés « pour de vrai » ne sont, psychiquement, idéologiquement, religieusement, pas conditionnés ni dans leur familler espective, ni par l’école elle-même ? Même pas dans les établissements publics ? Même pas dans les établissement privés sous contrat ? Même pas un peu ?

Pourtant, le savoir, dès lors qu’il est transmis, est forcément orienté. Il y a toujours une perspective qui est choisie, même si elle est multidimensionnelle.

Ici encore, pasde hiérarchie possible.

Le précédent ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon donne à ce sujet un point de vue qui provoque quelques sursauts. Dans son ouvrage La Révolution française n’est pas terminée, paru en 2008, il écrivait : « l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi. »

Mes enfants n’iront pas à cette Église de l’État.

C’est donc bien au nom d’un vaste programme de laïcité que les parlementaires, issus de toutes les formations politiques, ou presque, formulent, à intervalles réguliers, des attaques contre l’instruction en famille.

C’est  qu’est établie la hiérarchie entre l’école institutionnalisée, celle de la société, et l’école à la maison, en société.

Il n’est pas étonnant que, au-delà de telles orientations idéologiques sous couvert d’une identité républicaine, des voix s’élèvent contre le processus laïcisant qui aboutirait, dans le quotidien de ces enfants scolarisés et, par répercussion, dans les familles, à dénier l’existence de croyances idéologiques, religieusesou philosophiques divergentes. Ce qui, de fait, semble avoir motivé un certain nombre de parents à instruire leurs enfants par eux-mêmes. Quand c’était encore possible.

Voilà pourquoi : quoiqu’il advienne, mes enfants n’iront pas à l’école.

Voilà pourquoi : même si je suis passible d’une peine de prison –

Voilà pourquoi : mes enfants n’iront pas me voir en prison, s’ils ne le veulent pas, de même que mes enfants n’iront pas non plus à l’école, s’ils ne le veulent pas.

Voilà pourquoi : je me battrai, avec eux et d’autres, contre le pouvoir de légiférer en niant les réalités, en les ignorant, et surtout : en abolissant des libertés. En profitant du temps qu’il leur reste de la liberté de se réunir et du désir d’apprendre ensemble.

De telles évolutions législatives, multipliant les préjugés, les méjugés, les formes de contrôle, les restrictions, clament haut et fort les exploits intégratifs et salvateurs dont tous les enfants sont déclarés les heureux bénéficiaires. Mais en cela, ces projets détournent considérablement ce que le chevalier de Jaucourt, auteur prolixe d’articles de l’Encyclopédie publiée sous la direction de Diderot et de D’Alembert, écrivait en 1765 à propos de la sociabilité : « La sociabilité est cette disposition qui nous porte à faire aux hommes tout le bien qui peut dépendre de nous, à concilier notre bonheur avec celui des autres, et à subordonner toujours notre avantage particulier, à l’avantage commun et général. »

Quand les parlementaires nous reprocheront d’être désocialisés, devrai-je leur reprocher trop de sociabilité ?

Nous, mes enfants, moi et les autres, nous le crions sur tous les toits : votre bonheur institutionnalisé, votre pacte de socialisation et vos kits de compétences et de connaissances, nous n’en voulons pas. Non, merci.

Veuillez recevoir notre aimable sociabilité naturelle et spontanée, et veillez à rétablir les libres conditions des apprentissages de la vie en société.

MESENFANTS N’IRONT PAS À L’ÉCOLE !!